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L'interdit de l'abbé de Nantes et ses conséquences

Après de longs mois de tentatives infructueuses pour faire stopper les activités scandaleuses de l'abbé de Nantes, Mgr Daucourt, évêque de Troyes était contraint de publier finalement, le 1er juillet 1997, un décret d'"interdit" à son encontre.


La nature de l'interdit
 
L'abbé de Nantes officiant

Cet "interdit" repose principalement sur trois motifs :

pour ses "doctrines qui sont en contradiction avec la foi catholique, notamment au sujet de la Sainte Trinité , de la Sainte Vierge Marie et de la Sainte Eucharistie", qui conduisent à un comportement hérétique.

pour "son attitude hostile au Magistère ecclésiastique et à la Hiérarchie catholique" qui conduit à un comportement schismatique.

pour "avoir pris le risque de traduire ses doctrines erronées en comportements moraux inadmissibles de la part d'un prêtre". C'est une accusation de scandale .

L' interdit est une censure qui concerne tout baptisé chrétien. Elle lui interdit d'accéder à certains biens sacrés, expressément indiqués dans la loi, sans qu'il perde pour autant la communion avec l' Eglise. L'interdit ne participe qu'à certains effets de l'excommunication. On l'appelle encore "excommunication mineure".

Dans le cas d'un clerc comme l'abbé de Nantes, la sanction de l'interdit ne se substitue pas à la suspense. Elle étend l'amplitude de la sanction et l'aggrave en affectant les biens spirituels de la personne en tant que simple baptisé.

A la personne frappée d'interdit , il est défendu selon le canon 1332 :

de participer de quelque façon en tant que ministre à la célébration du Sacrifice de l'Eucharistie et aux autres cérémonies du culte quelles qu'elles soient. Si la personne "interdite" veut transgresser cet interdit, elle doit en être écartée, ou bien il faut interrompre l'action liturgique (à moins qu'une raison grave ne s'y oppose).

de célébrer les sacrements ou les sacramentaux, et de recevoir les sacrements.

Ainsi l'abbé de Nantes ne peut plus ni donner ni recevoir de sacrements, même pour lui-même (sauf en cas de danger de mort).


L'interdit de l'abbé de Nantes s'applique en tous lieux

Depuis le droit canon de 1983, l'interdit n'est plus territorial. Il est toujours personnel. Il s'applique donc à la personne quelque soit le diocèse dans lequel elle se trouve.

Si dans le décret du 1er juillet 1997, Mgr Daucourt déclare que "l'accès aux sacrements d'Eucharistie et de pénitence lui est interdit dans le diocèse de Troyes", c'est uniquement parce que les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire d'un évêque diocésain s'appliquent à l'Eglise particulière qui lui est confiée, c'est-à-dire à son diocèse (canon 391). Cependant, la condamnation d'interdit étant attachée à la personne et non à un lieu, l'interdit de l'abbé de Nantes s'applique en tous lieux. Ce point est important, car les membres de la communauté de l'abbé soutiennent le contraire.


Les appels de l'abbé de Nantes sont rejetés

A la suite de l'interdit , l'abbé de Nantes fait appel contre le décret du 1er juillet 1997 de Mgr Daucourt, auprès de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Mais le 24 mars 1998, la Congrégation répond qu'elle "a décidé de ne pas accueillir l'appel ", puisque les conditions préalables concernant la demande de rétractation de 1969 ne sont toujours pas remplies.

En dernier recours, l'abbé de Nantes fait alors appel auprès du Tribunal de la Signature Apostolique, c'est-à-dire au Pape lui-même. Le 7 octobre 2000, ce tribunal rend son verdict. Reprenant la genèse de la situation canonique de l'abbé, il rappelle, entre autres, que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi attend toujours de l'abbé de Nantes "la rétractation de ses erreurs et des accusations d'hérésie portées par lui contre le Pape Paul VI et le 2ème Concile Vatican II". Ces conditions préalables n'étant pas remplies, le Tribunal rejette "dès le seuil" l'appel de l'abbé, pour " manque de fondement".

Les deux appels ayant été rejetés, l'abbé de Nantes n'a plus de recours possible. L'interdit entre alors en vigueur.

Le texte du Tribunal de la Signature Apostolique est remis à l'abbé de Nantes au mois de décembre 2000 dans sa version latine, et début janvier 2001 dans sa traduction française.

Et dans un communiqué du 21 avril 2001, Mgr Stenger, évêque de Troyes, déclare que " les sanctions établies par le décret de l'évêques de Troyes en date du 1er juillet 1997, à savoir la suspense a divinis et l'interdit, continuent à être en vigueur".

Aucun élément nouveau sur le plan canonique n'est intervenu depuis, même si en vertu du canon 1326, " le juge peut punir d'une peine plus lourde que celle prévue par la loi ou le précepte, la personne qui, après condamnation ou déclaration de la peine, persiste dans son délit, à tel point que les circonstances fassent estimer avec prudence qu'elle s'obstine dans sa volonté de mal faire". Dans le cas de l'abbé de Nantes, la peine plus lourde ne pourrait être que l'excommunication.


Les conséquences pour ceux qui suivent l'abbé de Nantes frappé d' "interdit"

L'"interdit" pouvant s'appliquer à tout baptisé, tout fidèle qui suivrait volontairement et en toute connaissance de cause une personne frappée d'"interdit" par l' Eglise, se mettrait d'elle même, subjectivement , en état d' "interdit", et ne pourrait objectivement dès lors, plus avoir accès aux sacrements.

C'est la raison pour laquelle tous ceux qui, jusqu'à présent, ont été de diverses manières, liés au mouvement issu de l'abbé de Nantes, doivent réaliser le grave devoir qui est le leur de rester unis au Vicaire du Christ dans l'unité de l' Eglise catholique. Concrètement, ils ont le devoir de cesser de soutenir l'abbé de Nantes et sa communauté, de participer à ses messes, de se faire diriger spirituellement par lui, de lire ses écrits, de visionner ses cassettes vidéo, de diffuser sa doctrine, de participer à toutes manifestations organisées par lui-même ou sa communauté, etc.


Pour aller plus loin

Synthèse des références canoniques citées dans cet article

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