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La suspense de l'abbé de Nantes et ses conséquences

Dans l'Eglise catholique, il existe trois types de sanctions expiatoires dans l'Eglise : la suspense, l'interdit et l'excommunication. L'abbé de Nantes est condamné suspens "ab officio" depuis 1963, suspens "a divinis" depuis 1966, et interdit depuis 1997.

  L'abbé de Nantes au Vatican
La suspense ne peut atteindre que les clercs. Elle leur interdit, en totalité ou en partie, d'exercer le pouvoir d'ordre, le pouvoir de gouvernement ou les pouvoirs de leur office ainsi que le droit à recevoir certains biens temporels, selon le contenu de l'interdiction (canon 1333).

Suspens "ab officio" en septembre 1963

 Après avoir refusé à plusieurs reprises de soumettre ses écrits à l'approbation préalable de son ordinaire, c'est-à-dire de son évêque (canon 823), l'abbé de Nantes fût condamné suspens "ab officio" en septembre 1963 par Monseigneur Le Couëdic, évêque de Troyes.

La suspense "ab officio" prive le prêtre du droit d'exercer les actes ou des droits liés à un office. En pratique, il ne peut plus ni enseigner (fonction prophétique), ni gouverner (fonction royale).

Il ne peut donc plus proclamer la Parole de Dieu, ni la commenter (homélies), ni écrire ou enseigner publiquement en tant que prêtre catholique (conférences, lettres, cassettes.). Il ne peut plus gouverner une communauté, une paroisse, un groupe de fidèles... Il perd enfin le droit de conduire les âmes par la direction spirituelle.

La charge de curé de paroisse, que l'abbé de Nantes occupait à cette époque à Villemaur, lui fut donc retirée (canon 150), et l'évêque lui renouvela l'ordre de quitter le diocèse. Le 24 septembre 1963, le Saint-Siège confirmait la décision de l'évêque, et demandait à l'abbé de Nantes d'obéir à son évêque.


Suspens "a divinis" en août 1966

Le 25 août 1966, en vertu du canon 2344, l'abbé de Nantes fût condamné suspens "a divinis".

Le canon 2344 stipule : "Celui qui, directement ou indirectement, aura couvert d'injures le Saint-Père, un cardinal, etc.. en public, dans les journaux, discours ou libelles, ou qui aura excité des préventions ou des haines contre les actes, décrets, décisions, sentences des mêmes personnes, doit [.] être frappé de peines ou pénitences convenables, proportionnellement à la gravité de la faute et à la réparation du scandale".

La suspense "a divinis" prive le prêtre du droit de donner les sacrements. Il ne peut plus sanctifier, il est privé de sa fonction sacerdotale.


La Congrégation pour la Doctrine pour la Foi confirme la suspense "a divinis" en août 1969 et renouvelle sa demande de rétractation

Suspendu "a divinis", l'abbé de Nantes fit appel auprès de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Celle-ci lui demanda à plusieurs reprises "une rétractation de ses erreurs et de ses graves accusations d'hérésie portée contre le Pape Paul VI et le Concile".

Devant le refus obstiné de l'abbé de Nantes, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi confirma sa condamnation le 9 août 1969. Cette décision fut approuvée par le Pape Paul VI, lui même.

L'abbé de Nantes ne s'y étant jamais conformé, cette demande de rétractation reste toujours en vigueur aujourd'hui. Et c'est ce qui constituera l'obstacle essentiel à toutes les démarches que l'abbé de Nantes tentera par la suite de faire auprès de Rome, et notamment sur le plan canonique.


Les conséquences de la "suspense" pour l'abbé de Nantes

Par ces deux types de suspense consécutives, l'abbé de Nantes s'est vu retiré tous les pouvoirs qui lui ont été conférés au moment de son ordination sacerdotale. Sans être bien entendu privé de son caractère sacerdotal (qui est éternel), il est donc privé de toutes ses fonctions (enseignement, gouvernement, sanctification) depuis 1966.

Tous les recours ayant été épuisés, la suspense "a divinis" qui frappe l'abbé de Nantes, est exécutoire depuis 1969. Elle n'a jamais été ni annulée ni modifiée par l' Eglise, qui attend toujours sa rétractation. De son côté, l'abbé de Nantes a continué, malgré l'interdiction, à exercer ses fonctions sacerdotales.

L'abbé de Nantes a tenté d'expliquer que cette sanction ne s'appliquait plus à lui en raison des changements intervenus dans les formulations du nouveau droit canon de 1983 (Lettre CRC n° 3, mars 2001, page 33). Sans rentrer ici dans les détails juridiques, cette argumentation ne tient pas, en raison du "principe de l'autorité de la chose jugée".

En effet, "la chose jugée jouit de la stabilité du droit" (canon 1642), de sorte qu'une sanction ne peut être levée que par une intervention explicite de l'autorité hiérarchique. De plus, contrairement à ce que laisse supposer l'abbé de Nantes, la suspense est toujours explicitement formulée dans le nouveau droit canon au n°1333.

Enfin, cette condamnation est d'autant plus d'actualité, qu'elle lui a été reformulée explicitement par l'évêque de Troyes en 1997, et par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en 1998 (communiqué du 24 mars 1998).


Les conséquences pour ceux qui suivent un prêtre suspens "a divinis"

Si la suspense ne peut s'appliquer qu'aux clercs, les fidèles qui veulent rester en pleine communion avec l' Eglise et la hiérarchie catholique, sont pour autant tenus :

de ne plus recevoir de sacrements d'un prêtre suspens "a divinis " (sauf en cas de danger de mort)

de ne plus accepter un enseignement d'un tel prêtre, comme étant un enseignement de l'Eglise, puisque cette mission lui a été retirée. Les fidèles doivent a fortiori s'abstenir de diffuser ce type d'enseignement, sous quelque forme que ce soit (lettres, cassettes, etc.)

de ne plus accepter de se laisser diriger spirituellement par un prêtre suspens "a divinis", puisqu'il n'en a plus les pouvoirs.

Dans un communiqué du 27 juillet 1996, Mgr Daucourt s'adressait à tous ceux qui suivaient l'abbé de Nantes, en reprenant les termes mêmes de la déclaration de Mgr Le Couëdic du 11 février 1965 : "Toutes les personnes concernées directement ou indirectement par l'abbé de Nantes, ont en conscience à prendre la décision de ne plus avoir d'autre lien avec lui que celui de la prière et de la charité".


Pour aller plus loin

Le communiqué de mise en garde de Mgr Le Couëdic
La synthèse des références canoniques de cet article

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