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Communiqué de la sanction "suspens a divinis"

Monsieur l'abbé de Nantes suspens "a divinis"
25 août 1966

La Revue catholique du diocèse de Troyes (25 août 1966) a publié le communiqué suivant :

"Le 29 décembre 1965, M. l'abbé de Nantes s'était engagé à soumettre ses "Lettres à mes Amis" au visa de l'Ordinaire, en attendant la réponse du Saint Siège à l'appel qu'il avait l'intention de lui présenter.

Or nous apprenons que M. L'abbé de Nantes vient d'envoyer à ses lecteurs le texte de cet appel, bien que nous lui en ayons fait la défense formelle. Nous jugeons en effet que les idées et les termes de ce factum sont gravement injurieux à l'égard du Concile, des évêques, et du Saint-Père lui-même.

M. de Nantes s'est mis ainsi dans les cas visés par le canon 2344 :

"Celui qui, directement ou indirectement, aura couvert d'injures le Saint-Père, un cardinal, etc. en public, dans les journaux, discours ou libelles, ou qui aura excité des préventions ou des haines contre les actes, décrets, décisions, sentences des mêmes personnes, doit . être frappé de peines ou pénitences convenables, proportionnellement à la gravité de la faute et à la réparation du scandale".

En conséquence, nous intimons à M. l'abbé de Nantes l'ordre de quitter notre diocèse, auquel d'ailleurs, il n'est pas incardiné.

En outre, après un suprême avertissement, nous avons pris la douloureuse décision de frapper l'abbé de Nantes de la peine très grave de la suspense "a divinis" qui lui interdit toute fonction ecclésiastique, y compris la célébration de la Sainte Messe en quelque lieu que ce soit de notre diocèse.

Cette sanction entrera en vigueur le vendredi 26 août 1966.

Ce n'est pas sans une vive douleur que nous nous voyons obligé de prendre cette mesure. Du moins nous pouvons nous rendre cette justice que nous n'avons rien épargné pour éviter une telle éventualité. Mais il nous était impossible, étant donné le canon précité, de tolérer la campagne d'attaques de M. l'abbé de Nantes. Maintenant, nous ne pouvons plus qu'inviter nos fidèles à s'unir à nous dans une prière de plus en plus instante pour qu'il reconnaisse ses tords et mette un terme à ses activités extrêmement dommageables au bien des âmes. Plus que jamais s'impose l'avertissement très grave publié dans la Revue Catholique du 11 février 1965 : "Nous attendons de l'esprit d'obéissance de nos diocésains qu'ils s'abstiennent de collaborer, sous quelque forme que ce soit, à la lecture et à la propagation de ces écrits injurieux à l'égard de l' Eglise considérée dans la personne de son auguste Chef, de l'épiscopat et du Concile."

Julien LE COUËDIC,
Evêque de Troyes.


Ce communiqué était suivi du commentaire suivant :

"A la suite des attaques prodiguées par M. l'abbé de Nantes contre le Concile et la hiérarchie, Mgr l'évêque de Troyes lui avait retiré, il y a trois ans, la charge de la paroisse de Villemaur et l'avait prié de quitter le diocèse.

Une intervention à Rome de M. de Nantes avait abouti à une réponse de la S. Congrégation du Concile (24 septembre 1963) invitant le demandeur à obéir à son évêque.

Malgré cela, M. de Nantes se fixa à Saint-Parres-les-Vaudes, d'où il continua à envoyer dans toute la France, et même au delà, ses "Lettres à mes amis" avec une virulence croissante.

Aussi, dès son retour de la dernière session du Concile, Mgr l'évêque de Troyes enjoignit à M. de Nantes de cesser ces attaques sous la menace d'une suspense "a divinis". Au tout dernier moment, une convention fut établie, le 29 décembre 1965, par laquelle ce prêtre demandait que ses écrits, quant au fond, soient "soumis au jugement des instances ecclésiastiques compétentes". En attendant leur décision, il s'engageait à soumettre le texte intégral de ses "Lettres à mes amis" à Mgr l'évêque de Troyes.

Cet engagement signé a été respecté jusqu'à la lettre 231 parue ces jours-ci, qui contient précisément le texte de l'appel à Rome prévu le 29 décembre. L'auteur aurait voulu faire transmettre ce texte par l'évêché de Troyes, mais après en avoir pris connaissance, Mgr l'évêque l'a jugé tellement offensant pour le Saint Siège et l'Eglise qu'il a refusé de l'envoyer à Rome tant qu'il n'aurait pas été sérieusement modifié. L'abbé de Nantes persista dans son intention de l'adresser tel quel et annonça en outre son projet de le communiquer aux évêques de France et à "ses amis".

Mgr Le Couëdic lui interdit formellement de procéder à cette publication, l'avertissant que s'il était passé outre à sa défense, il y verrait une offense très grave et serait obligé de témoigner publiquement de sa désapprobation.

L'abbé de Nantes n'ayant tenu aucun compte de cette injonction, l'évêque de Troyes adressa à tous ses frères dans l'épiscopat et au journal La Croix, la note suivante :

"S. Exc. Mgr Le Couëdic, évêque de Troyes, nous prie de faire savoir qu'il réprouve catégoriquement et l'esprit et les termes du factum que M. l'abbé Georges de Nantes vient d'adresser, malgré sa défense formelle, à NN. SS. les Evêques, et qui prétend être un appel au jugement du Saint Siège sur ses écrits.

Si, s'obstinant dans sa désobéissance, M. l'abbé de Nantes donnait suite à son projet de communiquer ce texte aux lecteurs des "Lettres à mes amis", des sanctions canoniques seraient prises immédiatement."

L'éventualité prévue par le dernier alinéa de cette note s'est malheureusement réalisée. Mgr l'évêque de Troyes se voit contraint d'en venir à une sanction canonique.

D'une part, en effet, il estime qu'il était souverainement incorrect de livrer au public le texte d'une lettre adressée au Cardinal Ottaviani, ce qui ne pouvait manquer de paraître un moyen de pression inacceptable.

Et d'autre part, la diffusion de ce texte dans une "Lettre à mes amis", outre qu'elle constitue une violation flagrante de la convention signée le 29 décembre (puisqu'il est réprouvé par l'évêque de Troyes) replace M. de Nantes dans le cas visé par le canon 2344".

Texte publié dans la Documentation Catholique, septembre 1966.

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