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Abbé de Nantes : la soumission contre le mea culpa de l'Eglise

Dans un article prochainement publié dans la lettre de la Contre-réforme catholique, l'abbé de Nantes demande à la hiérarchie de l'Eglise de disculper "du soupçon d'hérésie qui pèse sur elle".

C'est à travers un long article prochainement publié dans leur journal de la Contre-réforme catholique que l'abbé Georges de Nantes et la communauté du Sacré-Cour s'expriment après le rejet de leur recours entamé auprès du tribunal suprême de la signature apostolique de Rome.

Hier, alors que la communauté fêtait à Saint-Parres-lès-Vaudes la fête du Sacré-Cour en présence de nombreuses familles, rappelant ainsi son attachement à la spiritualité du père de Foucauld, ni l'abbé de Nantes ni les frères n'ont accepté de répondre aux questions des journalistes. Ils préfèrent développer leurs arguments théologiques et juridiques dans un texte d'ailleurs bien peu complaisant avec la presse qu'ils soupçonnent d'être à l'origine d'un "lynchage médiatique".

Rappelons que le rejet du recours intervient après trente cinq ans de procédures opposant l'abbé de Nantes, ancien curé de Villemaur, et la hiérarchie de l'Eglise sur des questions théologiques. Dans son article, la communauté explique que l'abbé de Nantes n'a jamais mis en cause le bien fondé du concile Vatican II souvent dénoncé par certains traditionalistes. En revanche, il n'accepte pas la notion de culte de l'homme développée par Paul VI, rendant au contraire un culte "à la Sainte Trinité , à la Très Sainte Vierge , et à Jésus-Christ dans la Sainte Eucharistie ".

35 ans d'hérésie romaine

Trente-cinq années se sont passées et les deux points de vue n'ont jamais pu trouver un terrain d'entente. L'abbé de Nantes parle de "trente-cinq ans d'hérésie romaine" durant lesquels il n'a jamais pu obtenir ce qu'il réclame : un débat doctrinal. Et en conséquence, il ajoute que "les objections formulées à l'encontre des enseignements du concile Vatican II et des Papes Paul VI et Jean-Paul II demeurent irréfutées".

Reprenant point par point les termes du communiqué de Mgr Stenger sur ce dossier, le frère Bruno de Jésus de la communauté du Sacré-Cour explique en substance que la suspense a divinis infligée à l'abbé de Nantes est "un acte arbitraire prétendant interdire à notre père de célébrer la messe", et par ailleurs "nul de plein droit". Il rappelle qu'une lettre de Mgr Le Couëdic de juillet 1966 représentait "un libelle introductoire du procès concernant l'examen doctrinal des écrits de l'abbé de Nante", alors que celui-ci "n'a jamais pu exposer sa défense auprès de Mgr Daucourt ou de Mgr Stenger".

Soumission pleine et entière

S'agissant de l'interdiction d'accès aux sacrements d'eucharistie et de pénitence, qui vient s'ajouter à la suspense a divinis, il estime qu'elle est illégale, arguant qu'il n'est pas possible d'attribuer deux peines pour un même délit. Il ajoute enfin que la notion de "disqualification" attribuée à l'abbé de Nantes n'existe pas dans le droit canonique, ce qui l'amène à affirmer que les sanctions établies par le décret de Mgr Daucourt le 1er juillet 1997 "sont nulles".

Le frère Bruno, regrettant le refus d'un procès contradictoire, n'hésite pas à parler de deux religions distinctes : " l'ancienne religion, la religion de nos pères", vouée au culte de Jésus-Christ, et "la nouvelle religion, progressiste, maçonnique, enfin gnostique et pluraliste, vouée au culte de l'homme qui se fait Dieu". Il annonce la publication prochaine du texte intégral de leur recours qui n'a pas été admis à la discussion du collège des juges de la Signature apostolique, dans l'espoir que Jean-Paul II puisse en avoir directement connaissance.

En attendant, il s'adresse à Mgr Stenger pour accuser les responsables "d'une suite impressionnante d'irrégularités et de mépris des droits de la défense". Ce qui l'amène à conditionner désormais l'obéissance de la communauté à un jugement doctrinal définitif : "Qu'elle (ndlr: la hiérarchie de l'Eglise) se disculpe du soupçon d'hérésie par trop fondé qui pèse sur elle, et nous ferons notre soumission pleine et entière", conclut-il. Une requête sous forme de promesse qui, compte tenu des récentes décisions du Vatican, semble avoir bien peu de chances d'aboutir.


Jean-François Laville, Est Eclair, lundi 25 juin 2001.

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