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L'abbé de Nantes : Rome confirme les sanctions

Le Tribunal de la Signature apostolique a rejeté le dernier recours déposé par l'abbé de Nantes qui demeure donc suspens a divinis et interdit .

Jeudi 14 juin, Mgr Stenger, évêque de Troyes, a fait paraître dans L'Eglise dans l'Aube, un communiqué rendant publique la décision du 7 octobre 2000 du Tribunal de la Signature Apostolique de rejeter l'appel en dernière instance de l'abbé Georges de Nantes, et de confirmer la sanction d'" interdit" prononcée contre lui par Mgr Daucourt en juillet 1997: "Le recours de l'abbé de Nantes manque de fondement et doit être rejeté dès le début", conclut le Tribunal romain en mars 1998, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait refusé d'accueillir l'appel de l'abbé de Nantes, qui, à 77 ans, n'a maintenant plus aucun recours. Déjà frappé de "suspense a divinis" depuis 1966 (c'est-à-dire privé du droit de donner les sacrements), l'abbé de Nantes est donc désormais aussi "interdit": il n'a plus accès pour lui-même aux sacrements de l'Eglise tant qu'il n'aura pas accepté de rétracter ses erreurs, de mettre fin à ses comportements moralement scandaleux, et d'obéir aux demandes de son évêque. Cette sanction d' "interdit" marque l'ultime avertissement avant l'excommunication.

Cette condamnation, qui a abouti après trois ans de procédure, repose sur trois motifs principaux, d'une très grande gravité pour l'Eglise:

pour ses "doctrines qui sont en contradiction avec la foi catholique, notamment au sujet de la Sainte Trinité, de la Sainte Vierge Marie et de la Sainte Eucharistie", qui conduisent à un comportement hérétique.

pour "son attitude hostile au Magistère ecclésiastique et à la hiérarchie catholique" qui conduit à un comportement schismatique.

pour "avoir pris le risque de traduire ses doctrines erronées en comportements moraux inadmissibles de la part d'un prêtre". C'est une accusation de scandale.

Depuis plus de trente ans, l'abbé de Nantes dénonce le concile Vatican II et l'ensemble du magistère post-conciliaire qu'il rejette en bloc. Son opposition a atteint une telle radicalité qu'elle en a perdu toute crédibilité. Il s'est enfermé dans un monde clos où il est seul juge infaillible de tout, ne supportant aucune contradiction. Ses libelles d'accusations contre Paul VI (1973) ou contre Jean-Paul II (1983) (qu'il accuse entre autre d'avoir fait assassiner Jean-Paul Ier) sont d'une telle violence verbale, qu'il en est venu à conclure que lui seul maintenait le véritable catholicisme. Selon lui, son ouvre était déjà prophétisée dans la Bible; et grâce à ses entretiens privés avec la Vierge Marie, (dont il affirme " la préexistence de toute éternité "!), il n'hésite pas à prédire prochainement le retour de Jean-Paul Ier, ressuscité (!), à la tête de l'Eglise, etc. (voir ses courriers mensuels, ses cassettes audio et vidéo, envoyés en plusieurs milliers d'exemplaires, en France, au Canada et en Belgique).

Mais tout cela ne constitue encore que la façade extérieure du mouvement de la Contre-Réforme Catholique (CRC) de l'abbé de Nantes. Ce dernier en effet se sert de cette dynamique de contestation pour réunir autour de lui des adeptes de plus en plus fanatisés. Car plus l'abbé essuie des revers, plus il sert les rangs autour de lui. Depuis 1984 par exemple, il fait faire aux plus convaincus un acte d'allégeance inconditionnel à sa personne, "jusqu'au martyr s'il le faut"; il a créé ainsi "sa propre milice"; ce sont ses "phalangistes" qui sont prêts à tout pour défendre "notre Père" comme ils disent.

Et au cour de son système, un groupe de quelques "religieux", et surtout d'une trentaine de "religieuses", réparties en deux communautés : en France à Saint-Parres-Lès-Vaudes (Aube) et au Canada - l'entourent, tel le Messie. Et l'abbé développe avec certaines de ses jeunes filles, "hypnotisées" par son charisme, des pratiques proprement scandaleuses, sous prétexte par exemple, d'incarner le baiser mystique qui unirait selon lui, Jésus et Marie au Ciel. Ces agissements avaient d'ailleurs provoqué en 1989 le départ de 10 religieuses. En 1997, Hilaire de Crémiers, qui a vécu 21 ans comme religieux dans cette communauté, la quittait à son tour en dénonçant les "méthodes secrètes" de l'abbé de Nantes, connues seulement de quelques "initiés". Bref, une bien triste dérive qui apparente de plus en plus la CRC à une secte !


Pierre-Louis, Journal de la NEF, Juillet-août 2001.

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